Le khâgneux est double.
il y a l'ulmard, être classique à souhait, poussièreux, qui fait du latin ou du grec sa seconde nature. Il se bourre de philosophie et de théorie littéraire dans l'espoir de sortir sa science molle au coin du feu. Il a des connaissances que l'on dit étendues, mais évidemment peu profondes. C'est un maître de la rhétorique à l'ancienne, en voie de perdition. Il est essentiellement parisien, puisque 75% des admis (il faudra parler de la quête du saint-graal: l'ENS) viennent de LLG (Louis le Grand) ou de H4 (Henri IV)...(les abréviations c'est pour faire savant). Plus personne ne veut y aller, à force de traîner son cul sur la poussière, on se momifie.Il déteste les lyonnais (cf. plus loin dans l'article) car se sent supérieur. Il est dans la vraie khâgne.
Il y a aussi le lyonnais (j'appartiens à cette catégorie) qui est une oie confite d'Elisabeth 1ere, mélangée à la Liberté, perdue dans le Monde Indien, enfermée dans la Chartreuse de Parme, près d'une PLace royale, à lire Roubaud pour se baigner de l'Esprit des lois, sans oublier la spécialité (lettres modernes pour ma part). Voici le plat 2007-2008. C'est le laborieux type. Aucun talent sauf celui d'encaisser des connaissances aussi intéressantes les unes que les autres. La différence entre la tenure franche et la tenure coutumière n'a plus de secret pour cette gentille bête, ni les différentes religions du Monde Indien parsemé de Pour-soi rêvant d'En-soi se néantisant à travers une oeuvre au combien passionnante...Le pire, c'est qu'on finit par aimer savoir ce genre de petits détails. Le lyonnais est méticuleux, il s'approprie des perles de connaissances, il se spécialise dans l'art du néant. Qui ne rêve pas de connaître par coeur une cinquantaine de vers de Roubaud? C'est génial pour draguer.
"Je ne suis pas nécrophile, je ne désire pas ton cadavre". "Pornographie" dans Quelque chose noir
J'emploie ici les termes dans leur belle orthographe si pompeuse, mais enfin, l'élite a besoin de se perdre dans l'étiquetage compliqué. La plupart des étudiants écrivent cela plus simplement.
Kharré: personne qui fait sa première année de khâgne
khûbe: personne qui refait une khâgne (à enfermer)
bikhârré: personne en voie de disparition, qui refait sa khâgne pour la troisième fois, synomyme: masochiste convulsif
Khôlle: moment priviligié avec un professeur, souvent le même qui fait le cours, pour passer un oral. Moment horrible à vivre, même si la fin n'est pas du cannibalisme à l'état brut...bien que parfois...que se passe t-il dans les salles obscures....(censured). L'espace de la salle est plus qu'étroit, tout le jeu étant de ne pas frôler la jambe de votre examinateur qui pourrait se poser des questions. L'odeur est similaire à celle du self. Il peut être parfois plus de 19h lorsque l'on sort, rouge et en sueur d'avoir eu à s'exprimer.
Il n'y a rien de sexuel dans ces oubliettes.
KB: nom de jeu pour quelque chose qui s'apparente à la torture, généralement deux fois dans l'année. Epreuve quasiment olympique consistant à mimer ledit concours, c'est-à-dire une semaine et demi de devoir de 5heures (sauf la version, ô joie des langues étrangères)...à la fin...le khâgneux est mort.
Pour les ulmards, c'est un peu différent, mais mon propos n'est pas de parler d'eux, ils le font très bien eux-mêmes.
Ainsi je vais enlaçant
Les mots et rendant purs les sons
Comme la langue s'enlace
A la langue dans le baiser
Pourquoi ces quatre vers de B.Marti...parce que je les aime bien.